Les architectes créent des environnements bâtis qui forgent l’identité de nos communautés. La nouvelle aérogare de Rouyn-Noranda, faite de bois et de cuivre, est un bel exemple de bâtiment chaleureux et réfléchi qui s’ancre dans le paysage tout en contribuant au développement d’ici.
Si les clochers majestueux ont longtemps fait l’orgueil des villes et villages, leurs équivalents actuels invitent toujours à contempler le ciel, selon le directeur de l’Aéroport régional de Rouyn-Noranda. « Dans une communauté comme ici, l’aérogare est un peu comme la cathédrale il y a 200 ou 300 ans, expose Steve Bergeron. C’est la construction qui témoigne de la vitalité d’une collectivité. »
Ceux qui entrent dans la ville, tant par les airs que par la route, ont une vue imprenable sur le bâtiment, qui dessert la région de l’Abitibi-Témiscamingue, le Nord-du-Québec et, bientôt, espère le directeur, le nord de l’Ontario.
« Cette infrastructure d’envergure, avec sa facture visuelle distinctive, est un atout déterminant pour amener de nouveaux transporteurs. »
Avec les débordements de passagers de 2014 à 2018, provoqués par l’implantation de plusieurs usines au nord de la province, la construction d’une aérogare plus vaste et plus moderne était devenue une nécessité. « C’est avec grande fierté que nous voyons ce dossier prendre un nouvel envol. Les citoyens, les entreprises et les industries de l’Abitibi-Témiscamingue bénéficient désormais d’une meilleure desserte, souligne David Lecours, président de la Chambre de commerce de Rouyn-Noranda. À nous d’en faire plus qu’une porte d’entrée ou de sortie de la région. Au-delà de l’édifice, nous disposons dorénavant d’une ouverture sur le monde et d’un outil central pour définir notre avenir. »
C’est en 2017 que la Ville a lancé un concours d’architecture pour moderniser et agrandir son aérogare. Le consortium composé d’ARTCAD et d’EVOQ s’est vu confier le mandat. La construction a commencé en mars 2020 et l’aérogare a été inaugurée en juin 2022.
Les deux firmes avaient déjà travaillé ensemble sur une autre aérogare régionale, celle de Chibougamau-Chapais. « Faire de la conception en collaboration avec EVOQ [dont le bureau principal est à Montréal] était vraiment une expérience enrichissante. Ça nous a permis d’acquérir de l’expertise en aéroportuaire », souligne Joël Sirard, architecte et associé principal chez ARTCAD, située à Rouyn-Noranda.
Les architectes ont travaillé de concert avec la mairie et les services d’immobilisations de la municipalité. De nombreux échanges basés sur des modélisations 3D ont permis de s’assurer que l’aérogare serait fonctionnelle en tous points pour les travailleurs, pendant et après la construction. « Cette collaboration nous a aidés à tenir compte des opérations de l’aéroport et du bien-être des passagers dans toutes les dimensions du projet », indique Sami Tannoury, architecte, associé principal et directeur d’EVOQ architecture.
Le principal défi était de construire la nouvelle aérogare au même emplacement que l’ancienne, entre la station d’information de vol de Transports Canada et les bureaux d’une compagnie minière.
Il fallait faire preuve d’ingéniosité dans l’aménagement des espaces. « C’était un peu un défi de cube Rubik », illustre Alain Fournier, architecte, associé principal et chef de la direction d’EVOQ. Les zones d’arrivées et de départs ont été regroupées dans un espace traversant, perpendiculaire à la piste, « alors qu’habituellement on est plutôt en parallèle », souligne Joël Sirard. « Ça crée un espace dynamique très intéressant, qui prouve que lorsqu’on traite bien les contraintes, elles permettent de créer des espaces qui se démarquent. »
Dans un souci identitaire et écologique, les architectes ont choisi des matériaux locaux et durables : du bois d’œuvre et, pour le toit, de l’aluminium avec un fini en cuivre, le minerai qui fait la fierté de la région. Ils ont trouvé leur inspiration dans les guides touristiques de la Ville, qui mentionnent le circuit Entre faille et forêt, et ont laissé une grande place à la transparence et à la lumière naturelle. « Nous avons développé une architecture qui offre des vues sur la piste dès l’entrée », indique Sami Tannoury.
« Le bois a cette magnifique qualité d’être un élément qui passe de l’intérieur à l’extérieur. Les poutres du plafond traversent le mur-rideau et accentuent cet effet de transparence et de continuité. »
L’utilisation de têtes d’épinettes noires, transformées à Chibougamau, fait écho à la forêt boréale avoisinante. Preuve de sa qualité et de son originalité, la nouvelle aérogare a déjà reçu deux prix, de Cecobois (pour l’engagement municipal) et du Conseil canadien du bois.
Découvrez comment l’architecture de qualité constitue une source de fierté collective.