Pour Alanis Obomsawin, le militantisme autochtone est une affaire de cœur et de voix. Cet automne, on peut plonger dans l’œuvre de l’importante cinéaste, conteuse et chanteuse grâce à l’exposition Alanis Obomsawin : Les enfants doivent entendre une autre histoire, présentée par le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) à Place Ville Marie.
Le titre de l’exposition est inspiré d’une citation de l’artiste abénakise, pour qui la transformation de la société passe nécessairement par la prise de parole et la transmission des récits. «Alanis Obomsawin dit souvent que lorsqu’elle commence un film, elle part d’abord avec son micro, pas avec sa caméra, indique Lesley Johnstone, commissaire de l’exposition. Elle entre en contact avec les gens en commençant souvent par les enfants, en leur racontant d’où elle vient et en utilisant des légendes.»
Son impressionnant répertoire comprend des documentaires phares comme Les événements de Restigouche et Kanehsatake, 270 ans de résistance, ainsi que des œuvres plus poétiques. Sa pratique cinématographique unique laisse une place importante à la voix. Elle invite ses sujets à livrer leur propre histoire.
«Tous ses films font le portrait d’une communauté, d’une situation, d’un enjeu, toujours du point de vue autochtone. Cette approche subjective est assez fréquente dans les films documentaires d’aujourd’hui, mais l’était beaucoup moins à ses débuts, il y a 50 ans»,
L’aspect vocal est bien présent dans l’exposition, qui s’articule autour d’une douzaine de films réalisés par Alanis Obomsawin pour l’Office national du film (ONF). Les visiteurs peuvent écouter les bandes sonores, en anglais ou en français, dans des écouteurs. «Comme elle fait la narration de ses films, on entend beaucoup sa voix pendant la visite», souligne Mme Johnstone. En trame de fond dans la salle d’exposition, on pourra aussi entendre l’artiste chanter.
L’exposition est présentée à Place Ville Marie, dans l’espace temporaire qu’occupe le MAC durant ses travaux de transformation. L’équipe du Musée a utilisé différents éléments pour créer un parcours immersif et enveloppant : des murs courbes, des couleurs chaudes, du bois, des endroits pour s’asseoir, un montage près du sol.
«On voulait que les gens aient envie de passer du temps dans cet espace. Les films d’Alanis sont prenants, l’idée n’est pas de tous les regarder du début à la fin en traversant une série de boîtes noires. Notre objectif était plutôt de donner des clés aux visiteurs pour qu’ils aient envie de les voir ou de les revoir d’un nouvel œil»,
Autour des écrans, divers objets apportent une chaleureuse matérialité : des dessins d’enfants qu’Alanis Obomsawin a utilisés dans son tout premier film, Christmas at Moose Factory (1971), ainsi que des gravures, des peluches et des masques en papier mâché créés par l’artiste. Des extraits d’entrevues tirées des archives de Radio-Canada et de CBC ainsi que des lettres que l’artiste a adressées à l’ONF permettent aussi de mieux comprendre sa démarche. «On voit pourquoi, pour qui et comment elle a fait ses films, indique Mme Johnstone. Et puisque l’exposition est divisée en décennies, on suit l’évolution de sa trajectoire et de sa pensée.»
Bien qu’elle soit ancrée dans le territoire canadien, l’œuvre d’Alanis Obomsawin rayonne sur la scène internationale. «C’est probablement l’une des cinéastes autochtones les plus connues à travers le monde», note Lesley Johnstone. La preuve : l’exposition est une coproduction de l’Art Museum de l’Université de Toronto, de la Vancouver Art Gallery et de la Haus der Kulturen der Welt à Berlin, ville où plusieurs films de la réalisatrice ont été diffusés. Le prestigieux Museum of Modern Art de New York leur a d’ailleurs consacré une rétrospective en 2008. Alanis Obomsawin : Les enfants doivent entendre une autre histoire est toutefois la première rétrospective de l’ensemble de sa pratique présentée au Québec.
«L’exposition s’inscrit tout à fait dans la mission du MAC, qui est de réfléchir aux enjeux de notre société, de soulever des questions et de mettre en valeur les artistes marquants du Québec et d’ailleurs, souligne la commissaire. Utiliser les expositions comme un lieu pour engager des conversations, des réflexions fait partie de l’ADN du Musée.»
Un espace de médiation est d’ailleurs aménagé à même l’exposition, et plusieurs activités sont prévues, dont des visites-rencontres, des conférences et des ateliers de création. Une murale extérieure sera également réalisée en parallèle par l’artiste Caroline Monnet : un portrait photographique monumental représentant huit femmes et une enfant autochtones dans une forêt enchantée.
Découvrez l’exposition Alanis Obomsawim : Les enfants doivent entendre une autre histoire du MAC à Place Ville Marie jusqu’au 26 janvier 2025.