Trente-deux mille mètres carrés, c’est la superficie du siège social international du Cirque du Soleil, basé sur un ancien site d’enfouissement du quartier Saint-Michel à Montréal. Un espace aussi vaste que la tâche que représente la création d’un spectacle du plus grand cirque du monde. Ma quête? Découvrir comment celui-ci peut encore réussir à se réinventer.
Mis en scène par Mukhtar Omar Sharif Mukhtar, ECHO est le 20e spectacle sous chapiteau du Cirque du Soleil, et comme pour les 19 précédents, les costumes, les maquillages, les accessoires, la scène, absolument tout est pensé et créé ici même, dans la métropole. Il sera aussi présenté sous le chapiteau du Vieux-Port de Montréal en première mondiale, comme le veut la tradition. Une tradition béton, m’a-t-on confirmé.
Résolument moderne, ECHO réunit 48 artistes, dont 7 musiciens. Le public découvrira Future, la protagoniste qui incarne la nouvelle génération. Il sera question des gestes qu’on pose et qui ont un impact sur notre planète, et plus particulièrement sur les animaux. Future tentera de construire un monde meilleur en réunissant les deux groupes, humains et animaux, dans un esprit bienveillant et poétique.
Mais d’ici au jour J, la scène ronde, les éclairages, ainsi que tous les paramètres techniques du chapiteau se trouvent dans les installations de Saint-Michel, pour faciliter l’entrainement des artistes et le travail collaboratif des différentes équipes de concepteurs et des techniciens. L’ensemble des chefs des différents services est d’ailleurs à la blague appelé l’ONU, ce qui témoigne de l’atmosphère enjouée et passionnée qui règne à l’intérieur des murs du centre créatif du Cirque du Soleil.
Pour présenter un spectacle contemporain d’une telle envergure dans un cadre aussi restreint que traditionnel, il faut nécessairement repousser les limites de ce qui peut être réalisé sous un chapiteau. C’est un des défis que relève le Cirque du Soleil en intégrant un immense cube blanc, la pièce scénique maitresse du spectacle ECHO.
« On fera chanter notre public, ce qui va créer un écho qui donnera vie au cube. Cet écho va revenir durant le spectacle, pour illustrer les actions qu’on porte et qui ont un écho, un impact sur les animaux », explique Chantal Tremblay, directrice de création.
Les artistes utiliseront les parois et le dessus du cube, mais celui-ci sera déconstruit au fil du spectacle pour accueillir des numéros à l’intérieur. Le cube tournera et recevra aussi des projections. « Il n’est pas un simple élément de décor, c’est un protagoniste en soi, il a des émotions », nous promet Chantal Tremblay.
« Un élément aussi gros devrait se retrouver dans un théâtre. Nous, on l’a mis dans un chapiteau! », s’exclame-t-elle, visiblement fière.
Pour ECHO, l’équipe a décidé de « doubler les lignes », c’est-à-dire qu’au lieu des trois moteurs qui permettent de hisser trois artistes dans les airs en même temps, on en aura six. Ça ne s’est jamais fait.
Le plus étonnant n’est pas seulement l’ampleur des installations, mais le fait que le tout sera démonté en deux jours tous les deux ou trois mois, tout au long de la tournée qui voyagera de ville en ville au cours des prochaines années.
Du côté des costumes, l’équipe de création de Nicolas Vaudelet (formé par les Lacroix, Dior, Vuitton, Givenchy, Rykiel et Gaultier) a respecté le modus operandi du cirque, c’est-à-dire aucune barrière, aucune limite. Le blanc n’étant pas une couleur fréquemment utilisée au cirque, il faudra voir en action les costumes trois pièces immaculés, à l’aspect de papier froissé, que l’équipe a créés.
L’utilisation d’un polyester extensible, qui conserve bien les plis, a permis de concevoir des costumes spectaculaires, qui respectent les paramètres importants d’un costume du Cirque du Soleil : le confort pour les artistes, qui doivent pouvoir bouger aisément, la durabilité, pour tenir huit à dix spectacles par semaine, et la sécurité. Ces critères ont aussi été appliqués lors de la conceptualisation des têtes d’animaux que porteront les artistes.
« Des masques pour de l’acrobatie, c’est ambitieux », avoue Nicolas Vaudelet.
Fait cocasse : une salle immense contient les moulages en 3D des têtes de tous les artistes du Cirque du Soleil, sorte de cimetière des vivants, qui permet aux artisans de créer des chapeaux sur mesure, sans que l’artiste ait à se déplacer.
Alors, comment le plus grand cirque au monde peut-il encore se réinventer, après plus de 50 spectacles, en salle et en chapiteau? Pour le savoir, il faudra voir ECHO, au Vieux-Port de Montréal, du 20 avril au 20 août prochain.