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Par Christopher Mitchell, Créateur de contenu Voyages
Tokyo est une ville de contrastes. Une métropole aux multiples facettes où les réalités s’entrechoquent, uniques, pour en faire une destination qui toujours vaut le détour : on pourrait passer une vie entière à explorer Tokyo, sans pourtant la voir et la vivre dans toute son entièreté.
J’ai eu la chance de visiter Tokyo à maintes reprises au cours de ma vie, et, à mes yeux, la dichotomie qui la traverse tient à l’élan qui la pousse vers la modernité, en même temps que la ville conserve son cœur et ses valeurs d’antan. Il n’est pas rare, vous le comprendrez vite, d’observer des lanternes d’un nouvel âge et des enseignes au néon dans une étroite ruelle empruntée depuis la nuit des temps.
Ce phénomène m’est apparu clair comme de l’eau de roche la dernière fois que j’ai arpenté le quartier de Roppongi Hills. C’était un soir de pluie et, voyant la Roppongi Hills Mori Tower illuminer l’horizon urbain dans la brume, j’ai décidé d’examiner de plus près l’édifice – l’une des plus hautes tours de Tokyo. J’ai filé tout droit vers le centre culturel qui occupe les étages 49 à 54, où une étonnante exposition consacrée à Utagawa Kuniyoshi a bien vite monopolisé mes sens.

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J’ai l’œil peu exercé, et j’ai d’abord vu dans Kuniyoshi un artiste japonais actuel cherchant à proposer par son art une critique intrigante de la société. Mais à vrai dire, il ne m’a pas fallu grand temps pour comprendre que Kuniyoshi était en fait né en 1798. J’étais donc là, dans l’une des tours les plus saisissantes de Tokyo, complètement sous le charme de cet artiste d’autrefois que j’aurais presque juré être, au premier regard, un de mes contemporains. Cela, je l’ai alors compris, était l’essence même de Tokyo.
Dès lors que j’ai observé Tokyo par ce prisme, la cité s’est ouverte à moi. J’ai visité bien des villes dans lesquelles l’ancien et le nouveau rivalisent, créant parfois un alliage peu fluide, mais dans la capitale du Japon, je dirais bien plus que l’un et l’autre collaborent.
Le chevauchement n’est pas purement visuel, cela dit : il se perçoit aussi dans le paysage culinaire de Tokyo.
Si un plan guide vos pas dans les rues de la ville, c’est par ses plats que vous découvrirez sa culture. Dans une cité remplie d’histoire où la culture s’est raffinée au fil des siècles, il ne s’agit pas simplement de découvrir ce que l’on y mange, mais aussi comment on le mange, quand, pourquoi, et avec qui.
Ma première mission à Tokyo : mieux cerner le washoku ou, au sens large du terme, la cuisine traditionnelle japonaise. Ce qui fait le liant dans le washoku, ai-je découvert, c’est un profond respect de la nature qui traduit des considérations à la fois pratiques et cérémoniales : d’un côté, le bon sens, qui appelle l’utilisation d’ingrédients frais et d’origine locale; de l’autre, l’intention, par la nourriture, de souligner les grands événements, d’accueillir les divinités et autres énergies particulières dans sa demeure, et même de créer des pièces décoratives empreintes de symbolisme.

Note : Le produit réel peut varier
La scène culinaire de Tokyo doit beaucoup à la riche histoire de la ville, et son avenir promet d’être aussi des plus radieux et prolifique. Mentionnons, par exemple, que les restaurants y récoltent plus d’étoiles Michelin que n’importe où ailleurs, la cité comptant aujourd’hui bien au-delà de deux cents établissements honorés, douze d’entre eux ayant mérité pas moins de trois étoiles.
On ne parle pas seulement ici de restaurants japonais, d’ailleurs. Si un établissement comme le RyuGin vous fera découvrir avec Seiji Yamamoto l’art d’élaborer de riches et somptueux plats japonais à partir d’ingrédients locaux et naturels, vous pourrez aussi en visiter d’autres, comme le restaurant Les Saisons, ce bastion de la cuisine française classique tenu de main de maître par le célèbre chef Thierry Voisin.
Ces grands chefs de Tokyo valorisent une cuisine saisonnière, mais, pareillement, toute âme voyageuse au regard éveillé observera le rythme des saisons dans ses explorations.
Je me rappelle encore très bien mon arrivée à Tokyo aux derniers jours de mars, il y a des lunes de cela, et le moment où j’ai posé les yeux sur les cerisiers en fleurs qui font la renommée de la ville. L’ampleur et la beauté de ces arbres remarquables m’avaient jusque-là échappé. Avec pour première destination le parc d’Ueno qui en abrite plus de mille, j’ai dû ce jour-là, c’est certain, déambuler bouche bée dans un état de perpétuel ravissement. J’ai vite compris alors pourquoi tant de haïkus parlaient de cerisiers en fleurs.
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Leur floraison est éphémère, mais promenez-vous là où ils abondent dans la ville et ils resteront à jamais gravés dans votre mémoire. Outre le parc d’Ueno, la floraison m’a paru spectaculaire dans le quartier de Nakameguro, et il faut absolument admirer « les cerisiers pleureurs » – le terme s’impose à moi – du jardin RikugienAvec de la chance, vous croiserez des vendeurs ambulants de sakura taiyaki, ces poissons roses fourrés de pâte de haricot dont on a choisi la couleur pour rappeler celle des cerisiers aux fleurs tout juste écloses.
Le feuillage des arbres à l’automne n’en est pas moins impressionnant. La dernière fois que j’étais là à cette saison de l’année, mon amie et moi avons plaisanté tout en marchant sur la vivacité des rouges, des oranges, des verts et des jaunes qui donnaient l’impression d’une photographie aux teintes saturées à l’excès, au cœur de laquelle nous déambulions.
À qui cherche un paysage un brin différent, je recommande une excursion à Okutama, municipalité située dans la portion ouest de la tentaculaire conurbation de Tokyo. Si certains espaces verts de la ville s’attirent beaucoup d’attention (je pense au parc de Hibiya et aux jardins de Hama-rikyu), la nature virginale et la sérénité qu’offre Okutama en cette saison sont difficiles à battre. Les randonnées sont nombreuses dans la région et les points de vue plongeants sur le feuillage automnal ne manquent pas, sans oublier quelques sources chaudes à proximité qui viendront récompenser vos efforts alpestres.

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Au cœur de l’été, pourquoi ne pas visiter un petit coin estival comme la plage d’Odaiba et vous y offrir un festin de melon d’eau (suika)? Peut-être même verrez-vous quelqu’un jouer au suikawari, un jeu traditionnel bien connu qui consiste à fendre un melon d’eau avec un bâton, les yeux bandés. En hiver, l’un de mes plus grands plaisirs est de boire du saké dans un izakaya de Tokyo, ces bars japonais sans façon qui affichent souvent un style à la fois désuet et décalé. Il y a quelque chose de magique à quitter la froideur du dehors pour sentir un bon saké nous réchauffer l’intérieur. Si on trouve des ruelles remplies d’izakaya dans une bonne partie de la ville, les quartiers de Shinjuku, Ebisu ou encore Shibuya en sont particulièrement riches.
Vous pouvez me croire, elles en valent le détour.
Tokyo est un paradis pour les sens.
J’ai fait l’expérience parmi tant d’autres de cette mer humaine qu’est le carrefour de Shibuya, sentant la large foule bouger à l’unisson. J’ai éprouvé avec joie la surcharge sensorielle que produit le quartier perpétuellement futuriste d’Akihabara. J’ai chanté dans des karaokés jusqu’à en perdre la voix et voir les premiers rayons du soleil se poser sur le quartier festif de Kabukicho.

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J’ai aussi perçu avec émotion la grandeur historique du Palais impérial de Tokyo, allumé des chandelles dans le temple bouddhiste Sensoji et d’autres comme lui, et senti le caractère officiel et bienséant d’une cérémonie du thé m’ancrer comme jamais dans un joli jardin de Minato.
Voilà qui me rappelle de merveilleux moments… mais rapidement, avant que vous ne partiez à votre tour faire le plein de souvenirs, je vous dirais de vérifier les modalités d’entrée au Japon qui s’appliquent aujourd’hui. Vous pourriez devoir réserver un voyage organisé avec guide ou faire une demande de visa en prévision de votre visite.
C’est en « vivant » l’histoire de Tokyo que j’ai pu apprécier le présent de la ville, et vice versa. Il faut dire que la capitale japonaise n’est pas une réalité monochrome. Au contraire, elle forme un tout multicolore, et c’est à force de la visiter que j’ai pu percevoir clairement l’invitation que nous lance une cité comme Tokyo, à sans cesse embrasser l’avenir tout en saluant le passé.